2018, Guy De boeck, Le crâne de Lusinga

Guy De Boeck, Dialogue des Peuples, Le crâne de Lusinga, 88 pp, 2018.

Avec l’autorisation de l’auteur.

https://radiohist.be/wp-content/uploads/Le_crane_de_Lusinga-1.pdf

Quelques extraits :

Page 31, concernant Emile Storms.

[…] Ce journal nous raconte l’histoire d’un homme de son temps, celle d’un raciste convaincu de la supériorité des blancs européens sur les « nègres » africains. Une vision qui nous choque aujourd’hui mais qui était très conforme à l’époque des faits. Toutefois, le relativisme historique a ses limites : les crimes qui ont été commis sous l’autorité de ce militaire belge étaient déjà punissables dans l’ordre juridique de son époque… Et dans celui d’aujourd’hui, on parlerait à coup sûr de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité.
Mais Emile Storms n’a jamais été condamné. Dans son temps, il a plutôt été célébré par les autorités ; ce « chevalier de l’Ordre de Léopold » a fini sa carrière comme général. Aujourd’hui, c’est un soldat inconnu dont nos contemporains ignorent les actes qu’il posa…[…]

Page 38, “la supériorité des crânes wallons sur ceux des flamands”, selon Houzé au 19ème siècle.

[…] La craniologie ? Maarten Couttenier, chercheur au MRAC nous explique : « A la fin du 19ème siècle, cette discipline de l’anthropologie physique qui consistait à mesurer des crânes, à les comparer pour en tirer des conclusions sur la supériorité de certaines « races » ou cultures était en plein essor. Comme les « zoos humains » où l’on exposait des « sauvages » ou encore ces « négreries » et autres cabinets de curiosités où l’on montrait différents objets ramenés d’Afrique. Houzé qui était considéré comme un scientifique crédible à son époque a notamment défendu l’idée de la supériorité morale et physique des wallons sur les flamands…[…]

Page 39, la guerre de Storms.

[…] En expert, Storms évoque aussi la manière de faire la guerre dans la région qu’il a « explorée » : « Quand un village est pris, tout est enlevé, puis les huttes sont livrées aux flammes. Parmi les trophées que l’on emporte avec soi, il ne faut pas oublier les têtes des chefs qui sont destinées à orner l’entrée du village du vainqueur. […]

Page 44, à propos des guerres.

[…] Il s’agissait donc d’une guerre de conquête, et l’on a le droit de désapprouver de telles guerres, même si la plupart de nos états remontent, en fait, à une conquête, sinon à plusieurs. Mais vouloir moraliser la guerre n’a pas de sens. La morale n’a de sens qu’en temps de paix. La guerre signifie la prépondérance de la force sur le droit et la morale. Elle signifie terreur, souffrance, sang, mort, feu et larmes. Prétendre « l’humaniser » en édictant des « lois de la guerre » n’a jamais été qu’une ricanante hypocrisie. […]

P46, A qui profite le crime?

[…] A l’heure qu’il est, Emile et Léopold sont aussi morts l’un que l’autre, et j’avoue que l’idée de juger au pénal des personnes défuntes me semble assez vaine, si pas carrément ridicule. Un jugement n’a de sens que si l’on peut punir. Entendons-nous bien, toutefois ! Nous parlons ici de jugement et de punition, pour lesquels les défunts sont hors de portée. Cela n’empêche pas d’enquêter et d’établir des responsabilités. Et, pour ce faire, il y a un principe qui a fait ses preuves : « Cherchez à qui profite le crime ».
« L’Etat du Congo, loin de s’acquitter de ce devoir primordial de colonisateur (d’enseigner a l’indigène a tirer de son sol natal un parti de plus en plus complet, a améliorer ses procédés de culture), interdit aux indigènes, d’après les constatations de la Commission (d’Enquête de 1904-1905), de tirer parti du sol qui lui appartient légitimement, dans une autre mesure que celle où il l’utilisait avant 1885… Il maintient systématiquement les Noirs dans un état de civilisation inferieure, il les empêche d’améliorer leur condition matérielle. Cette interdiction est imposée dans un but de lucre, pour monopoliser au profit de l’Etat ou au profit de rares sociétés concessionnaires, les bénéfices résultant de l’exploitation du caoutchouc.…
« La vérité est que l’Etat du Congo n’est point un Etat colonisateur, que c’est à peine un état : c’est une entreprise financière… La colonie n’a été administrée ni dans l’intérêt des indigènes, ni même dans l’intérêt économique de la Belgique ; procurer au Roi-Souverain un maximum de ressources, tel a été le ressort de l’activité gouvernementale »18

Voilà comment Félicien Cattier décrivait le crime dès 1906.
[…]

Page 57, les pyromanes capitaines des pompiers.

[…] Or, à l’heure qu’il est, les relations entre la Belgique et le Congo ne sont pas autre chose que des relations bonnes ou mauvaises entre ceux que nous avons identifié plus haut comme étant les deux premiers groupes de recéleurs européens (la dynastie régnante + le grand capital) et le troisième, africain (Ceux, comme dit G. Yabi qui ne pensent qu’à eux et aux leurs (la famille élargie parfois au clan ou au groupe ethnique) et sont prêts littéralement à tout pour conserver leur confort ou l’améliorer). Autrement dit, parler à l’heure actuelle de relations saines, égalitaires et équitables entre les classes dominantes de la Belgique et du Congo reviendrait encore une fois à nommer des pyromanes capitaines des pompiers. […]